Paix et sécurité : Ça négocie avec les terroristes ?

Paix et sécurité : Ça négocie avec les terroristes ?

15 avril 2025 0 Par Mali Scoop

Depuis un certain temps, une série de levées de blocus est observée dans certaines localités sous embargo des groupes terroristes. Dans les faits, les terroristes annoncent que ces levées sont survenues après des dialogues et négociations avec les communautés. Mais avec qui au juste?

Selon des indiscrétions, depuis l’annonce des discussions entre le FLA et le JNIM, un autre front s’est discrètement ouvert : celui entre les autorités maliennes et certains groupes terroristes dont le JNIM. C’est ce qui a donné comme résultat immédiat la série de levées de blocus dans les zones de la Katiba Macina, sous couvert de « dialogues communautaires ». Selon les mêmes indiscrétions, après Léré, Nampala et Boni, des leaders communautaires mandatés par l’État rencontrent désormais régulièrement des représentants de la Katiba Macina. Ces derniers semblent plus fréquentables que les mouvements politico-militaires et les acteurs de la société civile comme la CMAS de Mahmoud Dicko ou même les partis politiques que le pouivoir cherche à dissoudre.Le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et d’autres mouvements politico-militaires posent des revendications politiques plus sensibles (autonomie, reconnaissance d’un statut particulier pour l’Azawad) qui remettent en cause l’unité nationale. Pour les militaires, dialoguer avec eux serait perçu comme une concession politique majeure, alors que les échanges avec des groupes islamistes peuvent être présentés comme de simples négociations locales. Si le FLA n’était pas en réalité une main extérieure cachée, il pouvait adresser une lettre au gouvernement pour l’ouverture de pourparlers à Bamako et tout le monde serait en paix.

Le FLA n’a ni l’implantation territoriale, ni l’envergure sociale, ni l’assise militaire du JNIM. Ce dernier est un acteur incontournable du conflit malien car, enraciné dans plusieurs régions, multicouche sur le plan ethnique, et redoutablement structuré. De plus, le FLA s’inscrit dans une logique sécessionniste, ouvertement hostile à l’unité nationale. À l’inverse, le JNIM, bien que désigné organisation terroriste liée à Al-Qaïda, ne revendique pas une partition territoriale, une position réaffirmée par son chef, Iyad Ag Ghaly lors de sa dernière sortie. Bamako fait donc un choix stratégique : dialoguer avec un ennemi puissant et présent partout, plutôt qu’avec un groupe faiblement implanté, politiquement disqualifié par son irrédentisme. Enfin, ces « dialogues communautaires » ne légitiment pas le JNIM. Ils traduisent une tentative pragmatique de désescalade dans des zones abandonnées par l’État. Dans une guerre asymétrique, « parler n’est pas toujours céder, mais parfois survivre ».

Le Point