DEPART DE BARKHANE :L’heure de s’assumer a sonné !
24 août 2022Si toute séparation est douloureuse, celle vécue par la force Barkhane et les populations de Gao en particulier et du Mali en générale, l’a sans doute été. En presque 10 ans de cohabitation idyllique au début, pénible par la suite et houleuse à la fin, les soldats français de Barkhane et leurs hôtes maliens, ont certainement créé entre eux des liens, peut-être en dents de scie, mais qui s’étioleront difficilement.
Les derniers soldats sont partis. Après près d’une décennie de présence française, les militaires de l’opération Barkhane ont achevé leur retrait du Mali, a annoncé l’état-major des armées lundi 15 août. Alors que selon plusieurs informations, une colonne terroriste se dirige vers le Sud, le président de la transition d’alors, Dioncounda Traoré envoie une lettre pour demander l’aide de la France. Le 11 janvier 2013, la France lance l’opération Serval pour stopper cette avancée.
Rapidement, les forces françaises appuyées par l’armée malienne et des troupes africaines dont celle du Tchad reprennent rapidement plusieurs régions du nord aux groupes terroristes. Par contre, l’opération de reconquête de Kidal s’est déroulée sans les forces maliennes stoppées à l’entrée de la ville. Selon le Premier ministre Choguel Maïga, le Colonel Assimi Goita, président de la transition faisait partie des soldats à qui l’entrée de Kidal a été refusée. Le 2 février 2013, le président de la République française, François Hollande, est accueilli à Tombouctou en libérateur.
Arrivées en héros ayant bloqué l’avancée qui semblait inexorable des Djihadistes en marche vers Bamako, les forces françaises engagées en terre malienne dans la lutte contre les terroristes qui écument le Sahel où ils sèment larmes et désolation au quotidien, certes, ne partent pas en zéros car ils ont fait le job. Même si elles sont loin de l’avoir terminé.
Au lendemain de l’attaque de Tessit, dans le Nord du Mali, qui a fait, le 7 août dernier, une quarantaine de morts au sein des Forces armées maliennes (FAMa), les populations de Gao ont donné, le 14 août dernier, un ultimatum de 72 heures à Barkhane pour quitter la ville. Pour cause : elles accusent la force française de collusion avec les terroristes. Comment peut-il en être autrement quand dans leurs déclarations, les autorités de Bamako qui ont encore cette attaque meurtrière en travers de la gorge, ne sont pas passées par quatre chemins pour justifier ce revers de leur armée par « le soutien logistique important dont aurait bénéficié les assaillants de la part d’une puissance étrangère ? »
De là à voir la France derrière cette mystérieuse puissance étrangère, il y a un pas que les populations de Gao ont vite allègrement franchi. Ce, au moment où le divorce entre Bamako et Paris en matière de coopération militaire dans la lutte contre le terrorisme, n’attendait plus que le démontage des dernières installations de la base militaire de Gao, à la suite de celles de Ménaka, Tessalit, Kidal, Tombouctou et Gossi intervenu quelques mois plus tôt.
Quand on sait que le départ annoncé des soldats français de cette dernière base installée au Mali, était prévu pour cet été, on se demande à quelle urgence pouvait bien répondre cet ultimatum des populations de Gao. Est-ce par dépit d’une situation sécuritaire qui ne cesse de se dégrader malgré la présence des forces internationales ? Est-ce le fait de populations peu introduites des réalités d’une coopération militaire bilatérale qui avait déjà acté le départ des soldats français ?
Quoi qu’il en soit, aux dernières nouvelles, le départ de Barkhane de sa base de Gao, est effectif depuis le 15 août 2022. De quoi faire retomber la tension même si ce n’est pas le genre de sortie médiatique qui va améliorer les relations entre le Mali et la France. Tout comme elle pourrait ne pas être de nature à rassurer d’autres partenaires internationaux comme, par exemple, l’Allemagne qui a récemment annoncé la « suspension, jusqu’à nouvel ordre, de ses opérations de reconnaissance et des vols de transport par hélicoptère » pour des refus répétés de survol émanant des autorités maliennes.
C’est dire si les tensions sont déjà bien vives entre Bamako et de nombreux partenaires internationaux. En tout cas, le Mali, en tant qu’Etat souverain, a maintenant l’occasion de s’assumer pleinement. Assimi Goïta et ses compagnons d’armes doivent tout faire pour que les Maliens ne regrettent pas les Français que l’on accuse de tous les noms d’oiseaux.
Ils se doivent de s’assumer d’autant qu’en dehors de Moscou, les relations entre le Mali et d’autres partenaires internationaux intervenant dans la lutte contre le terrorisme, enregistrent des couacs et des malentendus persistants. Y compris la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) dont les rotations de contingents n’ont repris que le 15 août dernier, après leur suspension par le gouvernement de la transition.
Cela dit, il reste évident que la question de la sécurité nationale reste au cœur des préoccupations des autorités maliennes. Et on ne peut pas leur reprocher de chercher à être totalement maîtres de la situation et de la sécurité de leur pays. Bien au contraire. C’est une attitude hautement patriotique et responsable, qui rehausse la souveraineté du Mali. Seulement, l’on peut déplorer cette propension à la limite un peu trop belliqueuse, à ouvrir des fronts là où la situation sécuritaire du pays nécessite plutôt une synergie d’actions en bonne intelligence avec toutes les forces en présence pour mieux combattre l’ennemi.
La force française est désarticulée et doit se réarticuler ailleurs, dans des conditions nouvelles de partenariat, vu que le Sahel reste infesté par les hommes sans foi ni loi qui endeuillent, jour et nuit, les populations civiles et militaires.
Le Point


