Conflits au Sahel : Quand les technologies à faible coût s’y invitent !

Conflits au Sahel : Quand les technologies à faible coût s’y invitent !

29 juin 2026 0 Par Mali Scoop

Réunis en session plénière lors de la dixième édition de l’APSACO du Policy Center for the New South à Salé à Rabat au Maroc, des spécialistes de la sécurité ont analysé la manière dont les drones commerciaux, les plateformes chiffrées et l’intelligence artificielle reconfigurent en profondeur les dynamiques de violence au Sahel et sur le reste du continent.

La cinquième session du deuxième jour de la dixième édition de l’African Peace and Security Annual Conference (APSACO), organisée par le Policy Center for the New South (PCNS) à l’Université polytechnique Mohammed VI de Salé, a été consacrée aux « technologies à faible coût et à la transformation de la dynamique des conflits ».

Parmi les intervenants, Salem A. Salem, Niccola Milnes, Emiliano Alessandri et Djenabou Cissé, chercheuse associée à la Fondation pour la recherche scientifique (France), ont dressé un constat convergent : la démocratisation de ces outils ne constitue pas un simple ajout d’armement, mais une recomposition structurelle des rapports de force entre États et acteurs armés non étatiques.

Niccola Milnes, spécialiste des systèmes aériens non habités, a situé le changement le plus décisif dans la rupture du monopole étatique du contrôle aérien. Là où les États disposaient auparavant d’une supériorité aérienne incontestée, les groupes armés non étatiques accèdent désormais à des capacités de surveillance et de frappe aérienne à coût marginal.

Elle a illustré l’asymétrie économique qui en résulte par un exemple saisissant : il en coûtait à l’État malien entre trois et cinq millions de dollars pour acheminer une unité de combat jusqu’à Bamako, tandis qu’un groupe adverse pouvait mobiliser quelques drones et plusieurs dizaines de combattants pour une fraction de cette somme.

L’intervenante a également insisté sur la profondeur temporelle de la menace. L’attaque de Sévaré, référence aux opérations d’avril 2026 revendiquées par le JNIM — a, selon elle, démontré une maîtrise opérationnelle des drones FPV (First Person View) nécessitant une préparation d’au moins un an.

Elle a toutefois identifié une vulnérabilité structurelle persistante des groupes armés : leur grave problème d’inventaire. Faute de simulateurs de vol, et dans des conditions environnementales extrêmes, chaleur, sable, défaillances des batteries lithium-ion ; chaque appareil perdu en entraînement ou en opération est difficilement remplaçable.

Par ailleurs, Niccola Milnes a précisé que le Front de Libération de l’Azawad -groupe séparatiste distinct du JNIM sur le plan juridique mais opérant fréquemment en coordination avec lui-  aurait bénéficié d’un appui en formation ukrainienne aux techniques de guerre par drones, dont les méthodes se sont ensuite diffusées à d’autres groupes armés de la région.

Tout en soulignant les effets déstabilisateurs de ces technologies, Salem A. Salem a tenu à recadrer le propos, « La technologie n’a pas créé les conflits africains. Ceux-ci sont enracinés dans les défaillances de gouvernance, les tensions ethniques et la marginalisation », a-t-il souligné.

Mais elle les a rendus plus rapides, mieux organisés, plus visibles et davantage internationalisés -sans pour autant permettre aux groupes armés de « tenir une capitale ». Bamako en est, selon lui, la démonstration la plus récente.

Fred Diarra